Le PDG de Tether a publiquement contesté un rapport des sénateurs démocrates accusant l'émetteur du stablecoin d'avoir facilité le contournement des sanctions contre l'Iran. Il affirme que l'enquête a ignoré les gels d'adresses effectués de manière proactive par son entreprise. Cette confrontation compte, car elle pourrait influencer la façon dont les régulateurs traitent le plus grand stablecoin au monde, alors que le rôle des cryptomonnaies dans le financement illicite suscite une attention croissante.
Ce qui s'est passé
Le PDG de Tether, Paolo Ardoino, a déclaré le 19 octobre 2026 qu'un rapport du Sénat avait omis de mentionner le bilan de conformité de son entreprise, selon CoinDesk. Il a écrit sur X que depuis 2023, Tether gèle en moyenne les adresses suspectes quatre semaines avant que l'OFAC du Trésor américain et le NBCTF israélien n'imposent des sanctions officielles. Selon lui, 99% des adresses gelées avaient été signalées avant même que Chainalysis ne les identifie. Ardoino affirme que ces mesures ont entraîné une baisse de 94% des volumes de stablecoins liés à l'Iran. Il s'était également exprimé à distance lors de DC Fintech Week le mardi précédent, critiquant le fait que le rapport ait été communiqué aux médias avant que Tether n'ait pu le consulter. « Je pense qu'il est important que le public entende aussi notre version des faits », a-t-il déclaré. Le rapport du Sénat, piloté par le sénateur Richard Blumenthal, principal démocrate de la sous-commission permanente d'enquête du Sénat, accuse Tether d'avoir fourni « une bouée de sauvetage financière importante au sein du système bancaire parallèle de l'Iran ».
Comment en est-on arrivé là
Le rapport du Sénat porte sur les années antérieures à 2024, période durant laquelle, selon le document, Tether ne gelait pas systématiquement les portefeuilles signalés. Cette faille aurait permis à des groupes comme le Hamas de basculer du bitcoin vers l'USDT. Un autre rapport de CoinDesk détaille un gel de 344 millions de dollars en USDT, lié à une action américaine contre le régime iranien. Blumenthal a depuis élargi son enquête aux liens entre Tether et Cantor Fitzgerald, une société proche de l'administration Trump. L'automne dernier, Tether a nommé Bo Hines, ancien conseiller crypto de la Maison-Blanche sous Trump, à la tête de sa division américaine.
Pourquoi c'est important pour vous
Pour les détenteurs d'USDT, la poursuite de cet examen pourrait affecter le statut réglementaire du token et son accès au système bancaire. Pour les développeurs, ce différend montre que la rapidité de mise en conformité, et pas seulement le respect des listes de sanctions officielles, pourrait devenir un critère de référence pour les émetteurs de stablecoins. Pour les décideurs politiques, ce désaccord sur les données et le calendrier pourrait influencer les futures règles encadrant les sanctions crypto. Si les démocrates reprenaient la majorité au Sénat, Blumenthal pourrait obtenir des pouvoirs d'enquête élargis sur Tether et les entreprises similaires.
La question de fond
Les entreprises crypto doivent-elles être jugées sur la rapidité de leur action avant l'entrée en vigueur de sanctions officielles, ou uniquement sur leur conformité aux désignations gouvernementales une fois formalisées ?
À surveiller
Il faudra suivre l'évolution de l'enquête de Blumenthal sur les relations entre Tether et Cantor Fitzgerald. Le marché de prédiction Kalshi montre une probabilité croissante que les démocrates reprennent le Sénat, ce qui pourrait élargir les pouvoirs de surveillance de Blumenthal. Aucune nouvelle date d'audition n'a été communiquée à ce jour.



